"L'art comme l'écho de l'âme"
Découvrez l'univers magique de Le printemps de Marie, où chaque page dévoile une page de notre histoire. Explorez les recoins de notre jardin intérieur, des hérissons aux nénuphars, et laissez-vous emporter par la douceur des êtres repliés dans la caverne de l'âme. "L'art comme l'écho de l'âme" – De la caverne à l'expression véritable Créer est bien plus qu'un mouvement. Ce n'est pas une action, ni une recherche d'accomplissement. C'est une expression : « tension en moins, on retire la pression ».
RÉFLEXIONSINSPIRATIONCARNET CRÉATIF
12/25/20245 min lire
"L'art comme l'écho de l'âme"
– De la caverne à l'expression véritable
Créer est bien plus qu'un mouvement. Ce n'est pas une action, ni une recherche d'accomplissement. C'est une expression (tension en moins, on retire la pression), une extension de l'âme qui cherche à se comprendre, à se révéler et, paradoxalement, à se cacher, à revenir en elle-même.
L'art n'est pas simplement une forme ; c'est la somme de toutes les mélodies possibles, une infinité de résonances qui s'entrelacent pour créer une harmonie propre à chaque individu, à chaque moment. Mais dans ce monde de possibilités infinies, chaque œuvre que nous créons n’est qu’un écho, une infime corde de cette immense musique. La grande difficulté réside dans cette prise de conscience : ce que nous créons, aussi sincère et vibrant soit notre intention, n'est qu'un fragment de ce que nous pourrions exprimer. Et c’est peut-être là tout le paradoxe de l’art : plus nous nous efforçons de l’atteindre, plus nous réalisons que nous ne faisons qu’effleurer l’immensité de ce qui pourrait être. Et nous jouons ainsi sur notre corde, nous jouons un air plus ou moins mesuré, sur notre monde possible.
Nous sommes éternellement et uniquement dans notre caverne au préalable de chaque printemps.
Là où les mots se percutent, où les gestes sont donnés, nous ne sommes que des échos, des miroirs imparfaits d’une réalité qui nous échappe. Prisonniers dans la caverne de Platon, dont la vision est limitée, embrouillée par des ombres projetées. L'art devient alors une quête d'authenticité dans ce monde de reflets, un désir profond d’échapper aux chaines de la caverne, mais aussi, parfois, une peur de s’aventurer au-delà. Un repli sur notre moment pour ne pas délivrer, ni imprimer notre manifeste.
En effet, dans ce monde d’échos, d’images et de résonances, chaque artiste doit se confronter à cette question primordiale : que dire quand l’expression semble incomplète ? Que donner quand chaque idée semble déjà épuisée par l’immensité du monde et par le poids de nos propres incertitudes ?
Ce doute, ce flou autour de notre propre capacité à exprimer, est un fardeau que l’on porte parfois, sans jamais le déposer. Et c’est là que réside l’une des plus grandes difficultés : comprendre que l'art, malgré tout, reste un outil pour se comprendre soi-même. L’artiste n’est pas un magicien, mais un interprète. Il ne crée pas de toutes pièces, il explore, il capte des fragments d’éternité, il écoute les vibrations du monde et en fait une traduction, une correspondance avec ce qu’il ressent au plus profond de lui. C’est dans ce creuset que l’art prend sa forme, souvent désordonnée, toujours incertaine.
Mais le problème pour ceux qui, comme moi, vivent avec un trouble affectif et une hypersensibilité, c’est que cet art devient aussi un miroir douloureux de notre propre vide émotionnel. L’écriture, le dessin, la peinture deviennent des terrains d'exploration où l’on se confronte à cette question : « Suis-je légitime à m’exprimer ainsi ? »
"Suis-je capable de créer quelque chose qui ait du sens, quelque chose qui vaille la peine d’être vu, entendu ?" Dans la caverne de l’incertitude, l’artiste se trouve souvent seul face à ses propres doutes, face à l’immensité de ses désirs créatifs et à la crainte que ce qu’il offre ne soit qu’un écho insignifiant dans ce monde bruyant.
Pourtant, l'art ne se mesure pas en légitimité. Il ne se mesure pas en nombre de spectateurs ou de critiques. L'art, comme expression, se nourrit de l'expérience humaine, de ce que l’on vit, ressent, perd ou gagne. C’est cette vérité brute qui fait de chaque geste artistique un acte de courage. Et même si ce geste semble imperceptible, il devient une partie du grand tout. Cette infime corde que nous faisons vibrer est une contribution à la symphonie infinie de l’existence. Chaque petit cri de l'âme, chaque couleur déposée sur la toile, chaque mot écrit sur le papier, participe à ce vaste écho que nous percevons tous à travers nos vies.
Les préoccupations que nous avons concernant notre art sont des plus basiques et évidentes pour nous tous. Ils ne font qu’ajouter une couche de complexité supplémentaire à ce processus. Nous cherchons à nous comprendre à travers ce que nous produisons, mais le paradoxe est que nous n’arriverons jamais à tout exprimer, ni à trouver un reflet exact. Parce que, tout simplement, ce que nous sommes dépasse de loin tout ce que nous pourrions créer. L'art devient alors ce moyen d'explorer et de rendre visible ce qui est invisible en nous, mais aussi un acte d'humilité, en reconnaissant qu’il y a une limite à ce que l’on peut offrir. Nous vivons tous dans la même caverne et la joie nait dans le printemps qui se lie quand nous avons une résonance avec une expression ou tout simplement ce mouvement du presque-rien, de cet air entre nos mains, de ce regard au rayon de lumière.
Dans ce cheminement vers l’expression de soi, il est crucial de comprendre que l’art n’est pas une course vers la perfection. Ce n’est pas un processus qui vise à combler un vide, mais plutôt à l’explorer. Cela peut des fois ressembler à une quête, une aventure, un désir de printemps. Il ne s’agit pas de chercher à remplir une absence, mais de vivre avec cette absence, d’apprendre à coexister avec ce silence qui précède toute création. L'art devient alors une forme de dialogue avec ce silence, un moyen de lui donner forme, d’accepter qu’il ne sera jamais comblé, mais qu’il peut être exploré avec sincérité et authenticité. Et la joie est dans le partage.
Pour ceux qui, comme moi, se débattent avec des émotions tumultueuses, en silence au quotidien. Cette exploration devient un acte de libération, mais aussi un acte d’engagement. L’art devient l’expression de tout ce qui est latent, tout ce qui est dans l’ombre, tout ce qui attend d’être vu et entendu. Mais c’est un processus lent, difficile, semé de doutes et de remises en question. L'artiste se trouve constamment à la croisée des chemins, entre le désir de s’exprimer pleinement et la crainte de ne pas être compris, de ne pas être à la hauteur de ce qu’il ressent, de trahir ses affects. Moi, je compose au gré de mes émotions, pour peindre une quête d'équilibre, de peau, de chair, d'émotions. Pourtant, chaque geste artistique est un pas vers cette acceptation de soi, vers l’audace d’aller au-delà des limites imposées par nos propres doutes. Il ne sert à rien de courir ni après le temps de notre vie, car nous sommes l'incarnation des printemps en tant qu'individus et que nous restons le brouillon râté des ambitions de nos ancêtres.
L'art, dans cette perspective, est un dialogue avec soi-même, avec ce qui nous échappe, et avec le monde. C’est un cri, un murmure, une vibration, une caresse qui cherche à se faire entendre, mais qui, souvent, s’éteint dans le bruit ambiant. Cependant, ce mouvement, aussi infime soit-il, est essentiel. Il est la preuve de notre existence, de notre volonté de comprendre, de notre besoin de relier notre intériorité à l’univers. Et si ce murmure semble n’être qu’un écho, une corde tendue dans l’immensité du silence, c’est pourtant dans ce silence que réside la véritable beauté de l’art.
J'y reviendrai, mais il me semble que je croque par mes mots les détours de ce qui nous confère notre beauté manifeste ou cruelle. Nous sommes chacun les héros de notre horizon, malgré sa caverne, et notre époque nous pousse à jongler avec tout ce qui ne serait qu'un reflet.